Clément Edouard

Des choses, des ondes, des bois

l’acte de parler, comme celui de respirer, ne lie pas seulement les humains mais tout ce qui nous entoure, des pierres aux moineaux *.

Des choses, des ondes, des bois, est une recherche sonore prenant la forme de plusieurs rituels phoniques, une transe des lettres, nous amenant à la base du verbe et nous rappelant le chemin parcouru par la langue qui nomme, mais oublie trop souvent de dénommer. Comme une invitation à explorer l’apprentissage d’un nouveau langage, plus proche des enjeux et des interrogations du moment, à imaginer un nouveau rapport aux choses, une co-construction entre les populations humaines, végétales, minérales et imaginaires, tout en se re-connectant avec un sonore archaïque et intemporel. En nous reliant aux textures phoniques de mots choisis pour leur symbolique, il est question ici de réentendre et de ressentir, pour activer un passage qui nous lance vers de nouveaux sens.

Intention

Après 20 ans de pratique et d’expérimentations instrumentales autour du saxophone et d’instruments électroniques, après de multiples projets de groupe dans le milieu du jazz contemporain, des musiques actuelles et expérimentales, j’aborde depuis quelques années une nouvelle étape dans mon parcours en remisant mon instrument, et en me concentrant sur des projets plus personnels, proches des arts sonores. Particulièrement DIX AILES (Three:Four Record), un travail de composition autour des voix et des lieux à grande réverbération, et SEDIMENTS (en collaboration avec l’artiste visuel Pierce Warnecke), questionnant la technologie et la mémoire que laisserait l’anthropocène dans un temps géologique. Ces derniers travaux m’amènent à m’interroger sur la nécessité de sortir de cette époque de l’histoire de la terre où la technologie sert un expansionnisme humain au détriment de tout le reste. En proposant des expérience où le sonore invite l’imaginaire, l’humain et le non-humain dans un temps de rencontre et de transformation. Ici, le langage m’intéresse particulièrement car même s’il nous permet de penser le monde, en retour il nous influence et nous limite dans sa vision et sa perception. C’est pour cette raison que je souhaite en combinant, permutant les lettres de certain mot, perdre toute signification évidente pour que seule les lettres, les syllabes, les respirations se détachent dans toute leur intensité, offrant la possibilité de penser que la complexité du langage humain est lié à la complexité de l’écologie terrestre, et non à une complexité qui singulariserait notre espèce indépendamment de cette matrice, pour reprendre les mots de David Abram, dans Comment la terre s’est tue.

Clément Edouard.

*David Abram

Clément Edouard