Luc Ferrari

Presque rien n°2 & Hétérozygote

Presque rien n°2

Description d’un paysage de nuit que le preneur de son essaie de cerner avec ses micros, mais la nuit surprend le « chasseur » et pénètre dans sa tête. C’est alors une double description : le paysage intérieur modifie la nuit extérieure, et la composant y rajoute sa propre réalité (imagination de la réalité) ; ou, peut-on dire, psychanalyse de son paysage de nuit ?

L’une des principales caractéristiques des Presque Rien est la narration, non pas dans le sens de raconter une histoire mais plutôt de rendre perceptible le temps indiquant que quelque chose se passe à un endroit. Contrairement aux paysages sonores où le lieu est perceptible, les éléments qu’il utilise et qu’il désigne comme le son du quotidien, incitent, par le concept d’une histoire minimale et non une histoire événementielle, à un voyage dans le temps ; c’est le hasard des sons du quotidien consistant en une substance et appartenant aux gestes quotidiens qui construit le temps. L’intention de raconter est là, mais reste floue.

Hétérozygote

Voici en quels termes le compositeur présentait sa pièce en 1964 : « Un jour je suis parti pour des raisons que je n’expliquerai pas, avec un magnétophone qui n’était pas à moi. J’ai voyagé, pas très loin mais beaucoup et j’ai enregistré des choses de la vie. »

Hétérozygote a été composée au GRM en 1963-64. C’était l’époque de la recherche et des expérimentations systématiques sur les objets sonores. Hétérozygote était tout le contraire. Elle occasionna un conflit entre Ferrari et Schaeffer. Comment auraient pu être conciliées la recherche de critères abstraits que Schaeffer poursuivait auprès des sons concrets, et cette œuvre qui utilisait avec une telle désinvolture apparente les « sons anecdotiques » ? Hétérozygote signifie « né de deux œufs différents ». Il y a donc deux sources de matériaux différents dans l’œuvre, d’une part ces sons anecdotiques (c’est-à-dire des sons imagés, enregistrés en extérieur, sur le vif), et de l’autre les sons musicaux traditionnels. Ainsi est née Hétérozygote, c’était la première pièce d’un genre que j’ai appelé pièce anecdotique. C’est-à-dire que j’ai voulu essayer de fabriquer un langage se situant à la fois sur le plan musical et sur le plan dramatique. C’était entre décembre 1963 et mars 1964.

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Presque rien n°2, Ainsi continue la nuit dans ma tête multiple (1977), musique sur bande
Hétérozygote (1964), musique sur bande

Luc Ferrari