De nouvelles étendues sonores naissent des confrontations de cultures et de l’hybridation de la création musicale. L’itinéraire de François-Bernard Mâche est, à ce titre, exemplaire : par la variété de ses recherches ethnomusicologiques sur les territoires qu’il nomme “les musiques d’ailleurs”, il revendique le droit pour le compositeur occidental de connaître et d’avoir recours aux techniques musicales non-européennes. Les voyages sont aussi à la source de l’œuvre de Thierry Pécou : grand explorateur de territoires qu’il s’approprie et réinvente à travers son propre univers, avec une prédilection pour les peuples indigènes d’Amérique du Sud.
Le troisième portrait dédié à Younghi Pagh-Paan, compositrice coréenne, est présenté en alternance avec l’opéra traditionnel coréen (P’ansori).
D’autres trajectoires dans l’espace des cultures musicales sont de nature plus fusionnelles : La terre tourne sur les cornes d’un taureau de Klaus Huber avec l’ensemble Al Kindi, les créations de François-Bernard Mâche et de Jean-Yves Bosseur pour la chanteuse indonésienne Muriah Budiarti et le gamelan javanais Sekar Wangi engagent de fertiles confrontations.
Dans ce parcours, les Stimmung de Karlheinz Stockhausen et les Folk Songs de Luciano Berio, œuvres marquantes des années 70, sont des repères incontournables. Sur d’autres rives, Terry Riley, John Cage ou encore Morton Feldman, sous l’influence des philosophies orientales, nous invitent à d’autres perceptions du temps et de la durée.
Terra incognita conçu par le jeune compositeur André Serre-Milan, les créations et œuvres récentes de Paolo Perezzani, des compositeurs chinois Zhu Shi-Rui, Xu Yi et Leilei Tian, les voyages virtuels de l’Arfi avec la compagnie de danse Tomoe Shizune et Hakutobo de Tokyo, s’imprègnent de références culturelles propres aux autres continents. La création de l’installation sonore de Woudi-Tat, Une valise à la main, constituée de plus de six cents valises, transformées en audio-objets, résonne d’une dimension sociale particulière : collectages sonores d’une autre itinérance, celle des travailleurs étrangers en exil sur notre territoire.
A travers une quarantaine de programmes différents qui nous entraînent aussi du côté des arts du cirque (Je te mets l'eau à l'oreille, Variété), de la création québecoise (NEM et EOC), de la danse et du multimédia (Cie Michèle Noiret), des événements publics (Secret public, Huutajat), de la jeune et très jeune création (Vibrations composées, Création Musicale XXI, Mômeludies), la première Biennale Musiques en Scène se veut un signal fort, témoignant de la place grandissante de la création musicale dans les arts contemporains.

James Giroudon